• L'équilibre

     

    L'équilibre

     Introduction

    Permettez-moi de commencer par une histoire :

    "- Dis-moi combien pèse un flocon de neige ? demanda la mésange charbonnière à la colombe.
    - Rien d'autre que rien", fut la réponse.
    Et la mésange raconta alors à la colombe une histoire :
    - J'étais sur la branche d'un sapin quand il se mit à neiger. Pas une tempête, non, juste comme un rêve, doucement, sans violence. Comme je n'avais rien de mieux à faire, je commençai à compter les flocons qui tombaient sur la branche où je me tenais. Il en tomba 3 751 952. Lorsque le 3 751 953ème tomba sur la branche (rien d'autre que rien, comme tu l'as dit), celle-ci cassa".
    Sur ce, la mésange s'envola.
    La colombe, une autorité en matière de paix depuis l'époque d'un certain Noé, réfléchit un moment et se dit finalement :
    - Peut-être ne manque-t-il qu'une personne pour que tout bascule et que le monde vive en paix?"

    Utopie direz-vous? Mais il a suffi d'un flocon de neige pour que la branche casse. L'équilibre entre le poids de la neige et la résistance de la branche a été rompu par un flocon de neige.

    Je trouve cela extraordinaire et en même temps effrayant, extraordinaire parce qu'une seule personne peut faire la différence pour que le monde vive en paix, effrayant parce que la même personne peut influencer dans le sens contraire.

    Pesez le pour et le contre, c'est ma spécialité, je suis née sous le signe de la balance, en recherche constante d'équilibre et d'harmonie.

    Définition

    Prenons d'abord la définition du mot, selon le Robert:
    Equilibre : Etat de ce qui est soumis à des forces qui se compensent (opposé à déséquilibre). Equilibre des plateaux d'une balance.
    En chimie, on parle d'équilibre stable ou instable.
    Attitude ou position verticale stable. L'équilibre du corps = aplomb.
    Garder ou perdre l'équilibre. Faire un exercice d'équilibre.
    Juste proportion entre des choses opposées, état de stabilité ou d'harmonie qui en résulte.
    Harmonie entre les tendances psychiques qui se traduit par une activité, une adaptation considérées comme normales.
    C'est un homme très intelligent, mais il manque d'équilibre.

    Les éléments

    En regardant de plus près les éléments, je retrouve ces deux aspects positif et négatif. Qui dit équilibre, dit alternative, force opposée.

    Le feu

    qui chauffe, le soleil, un beau feu de cheminée ou simplement ce qui nous réchauffe dans les radiateurs de nos maisons.
    Le feu qui brûle tout sur son passage, lors d'incendies de forêt, de tremblements de terre ou autre cataclysmes.
    Il est intéressant de constater qu'après le feu, la terre s'est reposée, elle est libre de recevoir des graines arrivées là, emportées par le vent, et la vie reprend. Je vous recommande à ce sujet le livre de Clarissa Pinkola Estés, Le Jardinier de l'Eden, conte de sagesse à propos de ce qui ne peut mourir.

    L'air

    autre nourriture de notre corps physique, que l'on respire, qui est source de vie, puisque sans air nous mourrons. L'air qui nous rafraîchit.
    Mais aussi celui qui balaie tout sur son passage. Associé au feu et à la terre, il peut devenir une vraie calamité pour l'homme.
    On peut se demander aujourd'hui si la main de l'homme est bénéfique? Elle peut l'être, comme elle peut être le contraire. A force de vouloir tout exploiter, tout contrôler, l'homme crée des déséquilibres.
    Lors d'une visite dans le Gibloux, je me suis vue expliquer par l'ingénieur agronome la chose suivante. Naturellement, il poussait ici des sapins qui ont des racines plutôt horizontales et près de la surface, et des hêtres qui ont des racines plus en profondeur. Les deux ensemble faisaient un bon tandem et Lothar, l'ouragan de la fin du deuxième millénaire n'aurait pas eu si bon temps de tout foutre en l'air, si l'homme avait su observer et respecter la nature.

    L'eau

    autre source de vie puisque notre corps est fait d'une majorité d'eau. La plupart des êtres qui vivent sur notre planète ne peuvent vivre sans eau. Cette eau nous abreuve. Mais elle peut aussi devenir une terrible machine de mort. L'équilibre peut être rompu par une partie du barrage devenue plus fragile avec le temps. Quand arrive la vague plus puissante que les autres, c'est la digue qui se rompt.

     La terre

    et tout ce qu'elle nous offre, cette mère terre, elle nous nourrit.
    Mais, rien n'arrête l'inexorable évolution des choses. Lorsqu'un pan de montagne est devenu friable, ou que la neige l'a rendu plus lourd, une puissance extraordinaire mais aussi destructrice se manifeste. Eboulements, tremblements, fissures, ce sont là autant de catastrophes.

     L'éther

    cinquième élément… Je connais un film où le cinquième élément, c'est l'amour… Rien n'existerait s'il n'était le résultat d'une pensée… d'une volonté… d'une énergie d'amour… ou de haine… éternelle dualité…
    Je me permets de vous suggérer une autre lecture : La prophétie des Andes, de James Redfield, roman où l'auteur nous emmène en promenade, à la découverte de mystères intéressants.

    L'homme

    L'homme, c'est un corps physique, fait de chair et de sang. C'est un corps émotionnel, qui ressent, qui aime, qui souffre. C'est un corps mental, ordinateur, capable de synthèse, de mémoire.
    Et puis c'est aussi un être spirituel, qui a une âme, qui a besoin d'une raison d'exister, qui est venu sur terre pour y évoluer.
    Albert Einstein l'a dit : La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.
    Dieu créa l'homme à son image… Jésus nous dit : vous pouvez faire comme moi et même davantage… Pourquoi avons-nous oublié notre part divine?
    La rupture d'équilibre, à ce niveau là, fait que notre époque est remplie d'êtres vides, tristes, souffrants, leurrés, croyant que seule la matière, les possessions comptent, incapables d'engagement, de confiance, d'amour.
    Cela pourrait donner une explication au fait que de plus en plus d'adolescents décident de nous quitter pour chercher un monde meilleur.
    Mais quelle est notre raison d'exister?
    Les philosophes, les peintres, les poètes, les sculpteurs, par leurs œuvres ne nous aident-ils pas à chercher les réponses.
    Nous avons eu des maîtres, Jésus, Bouddha, Mahomet, Einstein, Victor Hugo, Kipling, Gandhi, cette liste non exhaustive pourrait être très longue. Dans notre vie, nous rencontrons aussi des êtres qui peuvent être des maîtres pour nous, savons-nous les reconnaître?

    Nos comportements

    Selon Jung, psychiatre suisse, disciple de Freud, l'homme à deux pôles : Anima, féminin, doux, tendre, passif, artistique, esthétique, accueillant, non conscient, profond et Animus, masculin, ferme, fort, actif, guerrier, défensif, pénétrant, conscient, superficiel.
    Ainsi, il y a en nous une partie féminine et une partie masculine. Critiquer sans cesse le comportement du mâle, du masculin, lui trouver de nombreux défauts, c'est faire preuve de misandrie, mais attention, c'est aussi faire du mal à une moitié de soi-même. L'être profond, le moi intérieur sait que ce comportement est néfaste à celle qui l'adopte. De même, les machos, les phallocrates (qui se croient supérieurs parce qu'ils ont un phallus) sortent aussi du ventre d'une femme.
    La misogynie et la misandrie sont les résultats d'un déséquilibre chez l'être humain.
    Il est facile d'opposer ici les épicuriens et les stoïciens, puisque les uns ont fait du plaisir leur raison de vivre et que les autres prônent la vertu et la fermeté d'âme. La vie est faite de plaisir, de vertus, de fermeté, l'équilibre est dans le dosage.
    Dans le Prophète, Kahlil Gibran met en opposition l'achat et la vente, le crime et le châtiment, la raison et la passion, le bien et le mal. Je vous cite ici un passage qui parle du riche et du pauvre, du don, plus particulièrement :

    Assurément, celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits est digne de recevoir tout le reste de vous.
    Et celui qui mérite de boire à l'océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre petit ruisseau.
    Et quel mérite plus grand peut-il exister que celui qui réside dans le courage et la confiance, et même dans la charité, de recevoir ?
    Et qui êtes-vous pour qu'un homme doive dévoiler sa poitrine et abandonner sa fierté, de sorte que vous puissiez voir sa dignité mise à nu et sa fierté exposée ?
    Veillez d'abord à mériter vous même de pouvoir donner, et d'être un instrument du don.
    Car en vérité c'est la vie qui donne à la vie - tandis que vous, qui imaginez pouvoir donner, n'êtes rien d'autre qu'un témoin.
    Et vous qui recevez - et vous recevez tous - ne percevez pas la gratitude comme un fardeau, car ce serait imposer un joug à vous même, comme à celui qui donne.
    Elevez-vous plutôt avec celui qui vous a donné par ses offrandes, comme avec des ailes.
    Car trop se soucier de votre dette est douter de sa générosité, qui a la terre bienveillante pour mère, et Dieu pour père.

    Quelle merveilleuse preuve d'équilibre, celui qui donne et celui qui reçoit au service du tout.
    Une phrase de notre sœur Nadine me revient à l'esprit : Il veut tellement faire la charité qu'il oblige les petits vieux à traverser… Nous posons-nous chaque fois la question, au moment de faire une "bonne" action, de savoir si le résultat sera bien reçu?
    De même, entre le patron et l'employé, le commandeur et le commandé, l'autorité et l'obéissance, sans équilibre, sans savoir jusqu'où on peut aller trop loin, le travail, la gloire au travail n'y serait pas.
    Le mal est une nécessité favorable à l'équilibre du bien, a écrit une romancière québécoise Dominique Blondeau, dans "Les errantes". J'imagine que cette affirmation peut inquiéter, c'est tellement glorifiant de se trouver du côté du bien. Mais pourquoi en serait-il autrement que pour tous les opposés?
    Quant à l'autosatisfaction, elle est aussi dangereuse pour l'humain que le manque de confiance. Tout excès nuit, l'équilibre est au milieu. La plupart des poètes le savent.

    Regard de poète

    J'aime bien Monsieur de la Fontaine, il utilise les animaux pour ménager la susceptibilité des hommes. Il met en confrontation deux éléments pour arriver à une morale où l'équilibre est souvent présent. Pensez à la cigale et la fourmi, l'insouciance et le sérieux où, j'aime à le croire, la fourmi donne le couvert contre quelques divertissements; le corbeau et le renard, l'abondance et la disette, pour une leçon le corbeau lâche un fromage; le loup et le chien, la liberté et la détention, le loup préfère la faim à la corde, il choisit un côté de la balance en étant d'accord d'en payer le prix. Monsieur de la Fontaine avait un sens de l'observation de ses semblables bien aiguisé.

    La loi de cause à effet

    Pour ma part, une loi m'a vraiment apaisée, c'est la loi de cause à effet.
    J'ai longtemps été très en colère contre la vie, un profond sentiment d'injustice m'habitait. Je me disais :
    Pourquoi certains meurent-ils de faim et d'autres sont-ils dans l'abondance? Pourquoi tel enfant vivra 3 jours et puis sera oublié par des parents irresponsables? Pourquoi des peuples entiers vivent la guerre depuis des générations? Pourquoi les hommes ont-ils plus de pouvoir, en tout cas au point de vue financier que les femmes? Pourquoi ont-ils plus de force physique? La liste pourrait être très longue.
    Et puis un jour, j'ai entendu parler de karma. La loi du retour, le boomerang, la loi de cause à effet, tout cela pour dire que, si, dans votre jardin, vous plantez des carottes, il ne va pas sortir de haricots.
    Dans le jardin de votre vie, la même loi fonctionne, si vous semez amabilité, compréhension, pardon, amour, votre vie sera belle. Cela paraît simple et ça l'est. Mais si nous sommes sur terre, c'est certainement que nous avons encore à apprendre un certain nombre de choses.
    On récolte ce que l'on sème. Mais cela fonctionne bien mieux si l'on croit à la réincarnation. Tel enfant qui meurt de faim à peut-être été cruel dans la vie précédente. Tel peuple revit la guerre parce que les gens se transmettent la haine de générations en générations. Telle femme a été un homme dans plusieurs vies précédentes, séducteur, incapable d'engagement, ne respectant pas la femme et toute la grandeur de son rôle.
    Oui, cette loi de cause à effet m'a permis de trouver l'équilibre, d'accepter ce qui arrive en me disant que c'est le résultat de quelque chose que j'ai moi-même mis en route. Le hasard, l'injustice, Dieu ou le diable n'ont rien à voir avec cela. C'est ma responsabilité.
    Pour l'avenir, il me suffit d'avoir une attitude empreinte de compréhension, d'amour, d'acceptation, de lâcher prise, de pardon, de non jugement, de non comparaison, même si je ne suis pas d'accord ou si je ne comprends pas. Je n'ai plus à m'inquiéter d'autre chose, cette loi agira ainsi en ma faveur.
    On tue ici, on viole là, on triche et on ment. Je ne suis pas d'accord, bien sûr, mais je n'ai plus à brandir le glaive de la justice, je sais, c'est profondément ancré en moi, que chacun récoltera le fruit de ce qu'il a semé.
    Facile me direz-vous… cela peut ressembler à un complet désintérêt. Oh non, c'est plus difficile de s'occuper toujours de ses oignons que d'aller mettre le nez dans ceux des autres.
    J'irais même jusqu'à me demander s'il est vraiment utile qu'autant d'hommes soient payés pour protéger, c'était l'idée de départ, mais maintenant surveiller, accuser, juger, défendre, punir voir tuer (eh oui, on en est encore là) le citoyen. Notre peur de l'autre, de sa différence nous a amenés bien loin.
    La réaction habituelle est : oui, mais si on tue ta fille ? si on s'en prend aux gens que tu aimes? Et bien j'espère avoir assez de compassion pour ne pas réagir, mais je ne suis qu'humaine…
    Admettons qu'à mon tour, je tue… j'aurais semé quoi? Admettons plutôt qu'il est possible que, dans un autre vie, j'aie tué et que ce qui arrive est le résultat de quelque chose que j'ai mis en route… difficile… mais c'est comme cela que je le vois.
    De plus, je sais que Dieu, notre père aimant à tous, est bien moins sévère que les hommes.

    Conclusion

    Bernard Werber, dans le livre L'empire des anges a écrit : L'équilibre est à mi-chemin entre les deux extrêmes.
    Vous avez été quelque peu à une extrémité? Les physiciens vous le diront, chaque action a son contraire. Le battant d'une cloche, quand il a frappé d'un côté, ne peut pas revenir au milieu et s'arrêter, il a besoin de son mouvement contraire pour s'apaiser.
    Ainsi, si vous avez haï, détesté, menacé, il vous reste à aimer, respecter, protéger. Puis, en revenant au milieu, là où se trouve l'équilibre, vous trouverez harmonie et sérénité.
    Je citerai encore ici le poème "SI" de Kipling où, à chaque strophe, il décrit une expérience puis la modération qu'il convient d'avoir pour la vivre en homme. Etre un homme, Seigneur, quel défi…

    Christiane Kolly - octobre 2003

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :