• Conversation avec mes yeux

    Il y a des moments où je n'ai plus [les yeux en face des trous]. A croire qu'il y a sur mon nez une paire de lunettes déformantes.

    Pas en face des trous, que signifie cela? C'est impossible, comment veux-tu que nous interprétions cela?

    Je manque de discernement… Ne prenez pas tout à la lettre.

    Nous sommes à ton service, nous sommes des exécutants et quand tu dis cela, imagine, physiquement ce que cela peut signifier! Evite!

    Je suppose que [le doigt dans l'œil] ne doit pas vous plaire non plus, et que dire de [ça coûte les yeux de la tête]…

    Le jour où tu achètes quelque chose en prétendant que [cela coûte les yeux de la tête], comment devons-nous nous comporter puisque visiblement, tu nous sacrifies à quelque chose?

    C'est une manière de dire que je vais éviter d'utiliser.

    Il y a pire [ça saute aux yeux] ou [ça crève les yeux]…

    C'est encore le sens figuré, une image pour dire que c'est évident, mais là aussi, si je vous suis, il vaudrait mieux ne pas utiliser l'expression.

    La liste est encore longue [les yeux plus gros que le ventre] ou [qui sortent de la tête], nous préférons entendre, elle n'a pas [les yeux dans sa poche], heureusement pour nous…

    On dit aussi [avoir le mauvais œil], avoir un regard qui porte malheur. Je me demande ce qui se trouve derrière ces yeux-là. Il est parfois préférable de [fermer les yeux sur] un regard qui semble noir.

    Heureusement que nous ne sommes plus au temps de [œil pour œil, dent pour dent], enfin physiquement, parce que pour le reste, il y a de quoi se poser des questions?

    Je tends à utiliser toujours [les yeux du cœur] et là je suppose que vous n'avez rien contre?

    Vos poètes ont bien su parler de nous, quand Antoine de St-Exupéry dit [On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux].

    J'apprécie beaucoup Monsieur Victor Hugo quand il écrit [Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, mais dans l'œil du vieillard, on voit de la lumière].

    C'était un maître qui [avait l'œil]…

    Vous vous y mettez aussi… La vue, un des cinq sens, et vous êtes le support, quel privilège de servir l'être humain de cette façon.

    Nous sommes faits de centaines de millions de récepteurs pour que tu puisses regarder la danse de la feuille d'un arbre quand elle tombe, admirer la beauté de la géométrie des flocons de neige, laisser flâner ton regard sur un étang, admirer le vol de l'aigle, t'émouvoir devant le sourire d'un enfant, observer le changement de forme continuel des nuages, te promener dans un ciel étoilé, voir éclore une rose, compter les couleurs d'un arc-en-ciel.

    La nature nous offre des tableaux magnifiques. Je regrette en cet instant de ne pas en profiter davantage. Je me dis qu'il serait intelligent de réserver chaque jour, trente minutes dans l'agenda pour regarder la beauté.

    Quelle belle idée, la beauté est une des nourritures de l'âme, il serait temps de veiller à ce qu'elle ait sa dose quotidienne.

    Une des nourritures, et quelles sont les autres?

    L'être a aussi besoin de créativité, de confiance, d'appartenance, d'espoir, d'affection et le dernier, non le moindre, d'avoir des buts dans la vie.

    Vaste programme, mais revenons à nos moutons, si vous permettez. Pourquoi la majorité des individus, dans les pays dits développés, porte-t-elle des lunettes, surtout à partir de la cinquantaine?

    Ceux de qui on dit en plaisantant qu'ils ont les bras trop courts parce qu'ils voient de loin mais voient de moins en moins de près?

    Ceux-la même, dont je fais partie d'ailleurs. Impossible de lire un article de journal sans éloigner celui-ci. Pour ce qui est de la composition d'un produit sur un emballage, il y a belle lurette que j'ai renoncé sans lunettes.

    Pourquoi ne veux-tu plus voir de près?

    La grande majorité des gens de mon âge ont le même problème, c'est normal!

    Ce n'est pas parce que cela arrive à presque tout le monde qu'il n'y a pas un problème. Ne pourrait-on pas dire que tu as de la difficulté à t'ajuster à ce qui se passe. Ne trouves-tu pas difficile de regarder de près, dans le miroir, ton corps vieillissant.

    Evidemment, la beauté est un critère si important, le paraître. Les femmes que je vois le plus, à la télévision, dans les journaux, sur les affiches publicitaires, sont jeunes, minces (maigres parfois). Et moi, j'ai cinquante ans et quelques kilos en trop, je ne suis plus dans le coup.

    Ce qui est publié par les médias a du succès parce que le public en veut. Le jour où plus personne n'achètera les magazines parce que les filles ne plairont plus, les sylphides iront se cacher.

    Et nous reviendrons à la mode du temps de Rubens, femmes aux formes arrondies, bien portantes.

    Tu peux toujours rêver… A notre avis, il est préférable de t'aimer comme tu es, d'oser te regarder. Tu t'attaches à la dimension physique. Cela brouille ta vision intérieure. Toute cette valeur acquise au fil des années, tu ne la vois donc pas?

    Reconnaissez que l'influence dans l'autre sens est grande. Quand il s'agit de produits de beauté, pour une peau mûre (bel euphémisme...) comme la mienne, les produits les plus chers sont conseillés afin de conserver, mais on parle quand même de conserve, ou retrouver la fermeté, l'élasticité, la luminosité de la peau.

    Le miroir est un outil d'évolution extraordinaire. Ces publicités, ces vendeuses, ces produits, le monde est là comme révélateur de ce qui se passe à l'intérieur de toi. Tu rêves de paraître jeune, avec la peau ferme, élastique, lumineuse.

    J'accepte mon âge, c'est tout mon environnement qui me montre que ce serait mieux d'être jeune.

    Non, ce n'est pas comme cela que ça marche. Ton environnement est le reflet de ce qui se passe à l'intérieur de toi et non l'inverse. Ici, vraisemblablement tu n'es pas la seule. La majorité de tes contemporains a la même manière de penser puisque le message est si fort de tous les côtés.

    Quand je vois, à la télévision ou en vrai, un beau vieux ou une belle vieille, je les envie. Pourquoi y en a-t-il si peu?

    Avoir mis tant d'énergie à paraître durant des années, c'est comme un bâtiment où les ouvriers auraient soigné la peinture et négligé les structures de base, les fissures de murs, la charpente du toit, le jour où un mur cède, c'est la maison qui s'écroule, même si la peinture est fraîche.

    La métaphore est très parlante. Pour revenir aux médias, ils veulent aussi m'aider à garder ou retrouver la forme (échauffement, stretching, aérobic, exercices au sol, muscler, raffermir ventre, cuisses, fesses).

    Encore le miroir…

    Et que conseillez-vous, en l'occurrence?

    Entretenir ton corps par de l'exercice régulier, une à deux fois par semaine, transpirer un peu, cela te ferait le plus grand bien.

    Je sais, c'est comme regarder la beauté. Quand j'y pense, je trouve que c'est une bonne idée, mais quand c'est le moment de le faire, mon côté lascif reprend le dessus.

    Sans discipline, il est difficile d'atteindre un objectif. Il y a pourtant un moyen pour favoriser une meilleure discipline, ne pas oublier le but visé. Quand c'est l'heure d'aller courir, ne pense pas à l'effort, à la fatigue, pense plutôt à l'objectif visé, avoir un corps en meilleure forme, devenir plus alerte, être mieux dans ta peau et même avoir un aspect jeune et dynamique.

    Visualiser le résultat obtenu comme moteur de motivation, je vais essayer.

    Tu vas essayer, et dis-nous ce que c'est pour toi essayer?

    Je vais y penser.

    Ce n'est pas une affaire de penser, c'est une affaire d'agir. Il n'est pas possible d'essayer d'aller courir, d'essayer d'avoir de la discipline, d'essayer de visualiser l'objectif pour être motivée. Essaie donc de te lever de ta chaise! Essaie, vas-y!

    C'est curieux, cela fait plutôt rire…

    En effet, tu te lèves ou tu ne te lèves pas de ta chaise, il n'est pas question d'essayer… Tu peux essayer une robe, une nouvelle marque de lessive ou un vin, mais quand il s'agit de toi, tu le fais ou tu ne le fais pas, essayer ne convient pas.

    Vous avez encore raison… Et l'amélioration de ma vue dans tout cela?

    Travaille à une meilleure adaptation aux personnes et aux circonstances de ta vie. Accepte que ton corps physique vieillisse. L'ajustement que tu sauras appliquer améliorera ta vision et ta qualité de vie.

    Améliorer la vision, vous rigolez?

    Si nous sommes capables pour te faire comprendre que certaines croyances ou certains comportements ne sont pas bons pour toi de diminuer la vue, pourquoi ne serions pas capables de faire le contraire, au moment où tu auras compris le message?

    Ce serait un miracle?

    Appelle cela comme tu veux, nous t'affirmons que c'est ainsi.

    Quelqu'un a dit que vous êtes le miroir de l'âme.

    En effet, nous te suggérons un exercice. Tu te places devant ton miroir et tu nous regardes, le plus longtemps possible, cinq minutes, dix minutes, davantage. Que lis-tu? Avons-nous l'air triste? Y a-t-il de la lumière ou avons-nous l'air éteint?

    Je l'ai déjà fait, la première fois j'étais gênée, comme si quelqu'un me regardait effrontément dans les yeux, cela m'a mise mal à l'aise. Ensuite, je me suis habituée, j'y ai même pris goût, l'impression d'avoir accès à l'intérieur de moi.

    Et maintenant si tu faisais la même chose avec les autres personnes. Disons que dans chaque personne, il y a l'amour, la partie divine de l'être. Avant de regarder dans les yeux des autres, rappelle-toi cela et plonge ton regard. Demande à ta partie divine d'entrer en contact avec la partie divine de l'autre.

    Namasté. Ce mot vient de la région du Népal. On lui prête plusieurs significations. J'ai retenu [Le divin en moi salue le divin en toi].

    C'est exact. Nous revenons à cette expérience qui pourrait, petit à petit pour toi, devenir une règle de vie. Regarde avec les yeux de l'âme et cherche dans le regard de l'autre la partie divine en lui.

    Je me souviens d'avoir fait cet exercice. C'était dans un restaurant. Entre une femme d'environ cinquante ans à l'aspect physique pas ordinaire. Elle avait des cheveux longs mal soignés, des ongles démesurés qui ressemblaient à des serres d'aigle, vernis depuis longtemps vu qu'il n'en restait que la moitié, une mini jupe. Elle était accompagnée de personnages à l'air aussi peu ordinaire qu'elle. Je devais m'approcher pour prendre la commande.

    Là, tu l'as regardée avec les yeux mais sans le cœur, ta description en dit long.

    C'est vrai. Mais je venais de lire quelque chose au sujet du regard, dans le sens de ce que vous venez de me dire. J'ai alors décidé de tenter l'expérience de chercher la partie divine au fond des yeux de cette personne.

    Moment étonnant, n'est-ce pas?

    Surprenant, inattendu, incroyable même. La personne était comme tétanisée, ne comprenant pas ce qui lui arrivait, et moi aussi je l'avoue. Je la regardais avec amour et ce qui se passa était magnifique, elle me regarda elle aussi avec amour. C'était comme si le fait d'avoir initié ce contact d'amour faisait que la suite ne pouvait pas être différente. J'en garde un souvenir très ému.

    Pourquoi n'as-tu pas continué?

    J'ai oublié. Je me suis souvenue. J'ai oublié de nouveau. Encore une habitude à prendre? Le chemin vers la sérénité est encore long?

    Il ne faut pas regarder le chemin qui reste à parcourir, regarde plutôt le chemin parcouru. Le proverbe indien [Un voyage de mille kilomètres, c'est comme un million de voyages d'un mètre] en dit long sur le sujet.

    Je vais écrire [Namasté] sur le miroir de la salle de bains, sur la porte du frigo, derrière le pare-soleil de la voiture, partout où vous vous promenez régulièrement.

    Bonne idée. Tu finiras par bientôt utiliser ton troisième œil.

    Celui qui se trouve au milieu du front?

    C'est l'endroit du sixième chakra, celui de la perspicacité, de la perception, de la certitude, de l'inspiration, de la guidance, de la sagesse, de l'accès à la connaissance universelle.

    C'est trop, tout cela.

    Par rapport à l'humain, avec ses peurs, ses croyances, ses limitations, il faudrait déprogrammer toutes les couches, selon Jung, subconscient personnel, inconscient personnel, inconscient familial, inconscient ethnique, inconscient collectif, inconscient biologique.

    Disons que l'escalier de l'évolution comporte des milliers de marches. Apprécions-les, l'une après l'autre.

    Et souvenons-nous aussi des paroles de Marianne Williamson, que Nelson Mandela prononça le jour de son intronisation [Notre peur la plus profonde n'est pas d'être incapables. Notre peur la plus profonde est d'être puissants au-delà de toutes mesures. C'est notre lumière et pas notre ombre qui nous effraie le plus].


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