• Conversation avec mes jambes

    Encore ces mollets qui sont durs, qui me font mal, pourquoi régulièrement cela m'arrive-t-il?

    Le mollet, ça fait partie de nous puisque nous allons du pied au genou. Tu as vraiment une attitude étrange avec nous.

    Etrange, comme c'est bizarre…

    Tu essaies toujours de t'en sortir avec une pirouette, mais c'est une échappatoire qui te fait contourner le problème.

    J'ai une tension au niveau du muscle arrière de la jambe, ce n'est pas la peine d'en faire un plat.

    Pour l'instant une tension, mais si tu ne comprends pas le message, cela peut devenir plus grave.

    C'est une menace, ma parole.

    Loin de là. Nous sommes tes alliées comme le reste de ton corps. Seulement voilà, tu es la spécialiste des ambiguïtés. Nous sommes bien obligées de faire notre travail de jambes et de t'envoyer un message quand c'est nécessaire.

    Par exemple?

    Tu veux aller vers quelque chose, quelque chose de nouveau. Nous les jambes sommes là pour t'y amener. En même temps, tu ressasses le passé. Tu culpabilises d'avoir laissé un travail qui te permettait de bien gagner ta vie. Tu ne te sens pas libre d'aller de l'avant. Tu traînes derrière toi des remords. Tu n'as pas enlevé les toiles d'araignées…

    Vous avez raison. Je me sens coupable d'avoir pris des décisions hasardeuses. J'ai d'ailleurs payé le prix fort.

    Quel prix, de quoi s'agit-il?

    En plus des difficultés financières personnelles, j'ai eu droit au coup fatal qui m'a complètement anéantie. Au moment où j'avais le plus besoin d'aide, j'ai été symboliquement assassinée.

    Comme tu y vas…

    J'avais le couteau sous la gorge. Une personne de mon entourage avait promis de m'aider en cas de besoin. Et bien non, au moment de devoir le faire, elle m'a humiliée, profondément humiliée. Au lieu de l'aide promise, elle s'est adressée à mes créanciers. Elle s'est prise pour mon tuteur? De plus, elle en a parlé à toute la famille. Je crois que ma fierté en a pris un sacré coup.

    Tu es encore furieuse on dirait?

    Il reste quelque chose, oui.

    Si nous nous souvenons bien, un événement a précédé celui-ci. Pourquoi cette personne a-t-elle agi ainsi?

    Cela faisait des mois, voire des années qu'elle me jugeait. Le développement personnel c'est de l'idiotie. Tu devrais trouver un travail convenable et arrêter ces bêtises.

    Le miroir, encore le miroir. Si elle te disait cela tout haut, c'est un peu que tu le pensais aussi.

    Oui, vous avez raison. Aujourd'hui je le vois, mais sur le moment, j'étais enfermée dans ma colère, mon humiliation. J'ai très mal accepté ses observations. J'ai fini par lui écrire une lettre de deux pages lui demandant de me laisser vivre ma vie à ma manière.

    Tu n'oublies pas quelque chose?

    Oui. Dans la même lettre, je lui demandais de me prêter de l'argent.

    Tu t'étonnes qu'elle n'ait pas trouvé cela de très bon goût?

    Ma fierté en avait pris un grand coup. Je crois que j'ai voulu lui donner une leçon mais que cette leçon m'est immédiatement revenue.

    La loi du retour agit de plus en plus vite quand on a pris le chemin de l'évolution.

    Je devrais lui dire merci. Avec ma tête, je comprends ce qui s'est passé et la leçon est apprise, mais avec mon cœur, je n'arrive pas. Il y a de la fierté, mais aussi une forme de peur…

    Peur de quoi?

    Peur qu'elle recommence. C'est d'ailleurs très inconfortable comme émotion. C'est pour cela que je me tiens le plus possible éloignée, pour quelque temps.

    Vas au fond de ta pensée?

    Pas très glorieux, mais enfin. Plutôt prétentieux même, je la prive aussi de ma présence, elle qui aime avoir une cour et être le centre.

    Miroir?

    J'aime aussi avoir une cour, puisque j'aime donner des cours et être le centre.

    Nous, les jambes allons un de ces jours t'amener vers elle. Tu pourras ainsi lui parler de tout cela. Tu lui diras que tu es désolée de ce qui est arrivé. Tu l'as remerciera de t'avoir permis d'apprendre autant sur toi. Tu lui diras que tu comprends ce qui est arrivé. Tu lui diras aussi que tu l'aimes.

    D'accord, un de ces jours.

    N'attends pas trop longtemps, c'est du temps perdu. Et cette tension dans le mollet, tu vois où on veut en venir? As-tu laissé derrière toi le passé? Acceptes-tu les difficultés que tu as traversées? En as-tu tiré des leçons? Es-tu prête à commencer autre chose?

    Je suis prête. Enfin, je crois, comment en être sûre?

    Etre sûre de quoi? D'avoir fait le bon choix?

    Le lâcher prise, j'utilise beaucoup plus le lâcher prise. Je vais là où la vie m'amène, je fais confiance.

    Sans oublier de donner une direction? Tu n'es tout de même pas devenue un bateau sans gouvernail?

    Non, je donne la direction, l'objectif général, être utile à éveiller les consciences à l'évolution. Par contre pour le moyen de transport et le trajet, je laisse faire la vie et accepte ce qui arrive.

    Nous avons avancé. Nous pourrons relâcher aussi la tension des mollets.

    Et que se passe-t-il si la personne ne comprend pas le message de la tension.

    L'accident, la fracture. Prenons l'exemple d'un enfant que les parents amènent sur les champs de ski. Au départ, il s'amuse dans la neige, il tombe et trouve cela amusant. Les parents lui font prendre des leçons, il devient chaque jour meilleur. Puis il est inscrit à des compétitions.

    Rien de tragique, plutôt glorieux pour le moment.

    Pour le moment. Il commence les compétitions, fait quelques résultats encourageants. Il commence à sentir la pression. Pression de son professeur qui attend de lui le meilleur. Pression de ses parents qui ont investi beaucoup d'argent dans les cours, le matériel et qui seraient fiers d'avoir un fils sur le podium.

    Il a bien de la chance, ce jeune homme.

    Oui, mais d'un autre côté, il n'a plus le temps de rêvasser, ce qu'il aime faire, il n'a plus le temps de voir ses copains ni une certaine jeune fille avec qui il aimerait passer plus de temps. Il n'est pas conscient de tout cela.

    Mais je suppose que les jambes vont agir?

    Il n'y a pas d'autre solution. Un jour d'entraînement plus long que les autres, c'est la fracture. Bien sûr qu'il aura un ou deux os fracturés. Mais le cadeau en vaut la peine.

    Le cadeau, vous insinuez qu'inconsciemment il l'a fait exprès?

    Oui. Les cadeaux sont nombreux. D'abord le repos, permission de rêver autant qu'il veut. Ensuite, les visites lors de son hospitalisation, les copains, la jeune fille. Admets que les cadeaux sont nombreux.

    Et la compétition alors, il aura perdu une année?

    Il est bien possible que ce soit le dernier de ses soucis. Ce n'était pas son objectif. Son père avait toujours rêvé, enfant, d'avoir un bel équipement de ski, de prendre des cours et de faire de la compétition, lui non.

    Il aurait été plus simple de lui dire, plutôt que de se casser une jambe, d'ailleurs on dit souvent [il vaut mieux cela qu'une jambe cassée].

    Affronter un père autoritaire ou se casser une jambe, pour certains la deuxième solution est plus simple.

    Il aurait pu [prendre ses jambes à son cou] et s'enfuir?

    Certains adolescents lorsqu'ils ne trouvent pas d'autre solution le font. On appelle cela une fugue. Et derrière une fugue il y a toujours une raison importante. Un dialogue ouvert, d'homme à homme, d'humain à humain je dirais est vraiment nécessaire à ce moment-là, faute de quoi l'adolescent recommencera.

    Il vaut mieux écouter ses jambes avant d'en avoir une en bois.

    Ce sont des cas extrêmes. Cela arrive suite à des accidents, souvent des accidents de travail.

    Et là vous me direz que la personne n'allait pas dans la bonne direction pour elle et qu'elle n'osait rien faire pour en changer?

    Il ne peut pas y avoir d'autres raisons. Prenons l'exemple de ce physiothérapeute, un des meilleurs de sa profession, qui a une jambe de bois. Son premier métier était bûcheron, il a aimé travailler dans la nature, le contact du bois. Et puis, est venu pour lui le moment de changer, d'apprendre autre chose. Il savait qu'avec ses mains il pouvait faire des merveilles, qu'il avait un don.

    Vous voulez dire qu'il était obligé de changer, que c'était son destin?

    Non, tu n'es jamais "obligé" de rien. Ce bûcheron avait envie de changer, mais il n'osait pas le faire. Il avait peur de dire à sa femme qu'il faudrait qu'elle travaille durant quelques mois, pendant sa nouvelle formation. Il n'osait pas mettre en péril la situation financière de sa famille, il n'osait même pas demander aux siens de diminuer les dépenses pour aller vers son objectif, soigner les personnes avec ses mains.

    Aider, toujours aider, sommes-nous donc tous des saint-Bernards en puissance?

    Ce bûcheron aurait aussi pu rêver de devenir artiste peintre ou vendeur de voitures, ce n'est pas l'objectif qui a de l'importance, c'est l'idée que s'en fait la personne pour atteindre cet objectif.

    C'est un peu hasardeux de laisser tomber un bon job pour recommencer ailleurs.

    Chacun est responsable de sa vie. Si le bûcheron a besoin de devenir physiothérapeute pour son évolution, qu'il le fasse. Si son épouse a besoin de plus d'argent que lui ne peut gagner sur le moment, elle peut trouver elle-même le moyen d'en gagner…

    Il n'a pas osé affronter tous ces changements, il a préféré, inconsciemment, se couper une jambe?

    Il n'avait peut-être même pas conscience de son désir. Se sentir mal dans sa peau, avoir des tensions dans les jambes ou des petites blessures, ce sont les premiers signes de l'être profond. S'arrêter et prendre la peine de réfléchir, se demander pourquoi cette tension, pourquoi ces éraflures à répétitions sur les jambes, aux mains (qui ont un rapport avec ce que l'on fait) c'est le moyen de prendre conscience du malaise avant que l'accident grave n'arrive.

    Le mieux serait d'être attentif à tout ce qui arrive? Quel travail?

    Ce n'est pas nécessaire de faire du nombrilisme non plus, mais quand les choses vont [de travers] comme vous dites, prendre un moment pour y regarder de plus près permettrait d'éviter bien des problèmes plus graves.

    Et notre bûcheron, qu'est-il arrivé ensuite?

    Il a eu un accident de travail dans lequel il a perdu une jambe, remplacée par une prothèse. Et le cadeau, puisqu'il y a toujours un cadeau, il n'a pas eu à se préoccuper de trouver les moyens financiers pour devenir physiothérapeute. C'est une assurance qui a continué à subvenir aux besoins de sa famille et qui a financé sa nouvelle formation. Aujourd'hui, il est heureux, avec une jambe en moins.

    A croire que certains pourraient avoir un accident intentionnellement?

    Attention à la loi du retour. Tu peux tout faire, tout envoyer dans l'univers. Rappelle-toi qu'un jour tu recevras la facture, tu devras en payer le prix…

    Par exemple, quelqu'un qui se mutile pour recevoir de l'argent? Quel serait le prix à payer?

    Beaucoup de gens pensent que parce que c'est une société d'assurances, ce n'est pas du vol ou de l'escroquerie. Mais oui, c'est un groupe de personnes et le raisonnement est le même. La personne s'est mutilée pour recevoir de l'argent. Le retour pourrait être de devoir payer après avoir été accusé injustement, ou de perdre une autre partie de soi-même alors qu'elle était d'une grande utilité, par exemple la main pour le masseur.

    C'est terrifiant, cette loi du retour.

    Nous dirions plutôt que c'est rassurant, tout est une question d'équilibre. Tu récoltes ce que tu sèmes. Commence à semer l'amour, la compassion, le pardon et devine ce que tu récolteras tôt ou tard?

    La perfection n'est pas de ce monde, c'est impossible d'être toujours aimable.

    Tendre à la perfection, en acceptant les imperfections, voilà qui est sage.

    Un pas après l'autre et vous êtes là juste avant le pied pour donner des signes si le pas va de travers.

    Nous tenons à souligner qu'il n'y a pas de juste ou de faux, c'est une notion tout à fait humaine. Tu peux faire tout ce que tu veux. Réfléchis simplement aux conséquences. Au pire, tu tues une femme, intentionnellement parce qu'elle est l'épouse de l'homme que tu aimes. Ce n'est pas intelligent de ta part, puisque la loi du retour fait que tu te mets en situation que quelqu'un tue la personne que tu aimes…

    Vu comme ça, effectivement.

    Et ne rétorque pas en disant oui mais, il y en a qui… occupe-toi de tes affaires, tu es ici sur terre pour toi, pas pour juger les autres ou te comparer à eux. D'ailleurs la loi du retour fonctionne pour tout le monde, tu n'as aucun souci à te faire…


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